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Analyser et Comprendre

Publié le 05/05/14 par Stéphanie Frobert

Numérique : être ou ne pas être... avec son temps

En seulement quatre décennies, le numérique s’est imposé sur la planète. D’abord considéré comme de la science-fiction, son visage change au début des années 80 : il s’affranchit des scripts cinématographiques (qu’il continue par ailleurs d’alimenter) et émerge dans le monde réel à la pointe de la technologie. Il devient le nouvel outil des élites militaires et scientifiques. Mais Il faudra attendre l’arrivée d’internet pour que le numérique s’impose au grand public. Son utilisation va devenir aussi addictive que bouleversante.

Stéphane Vial, philosophe et enseignant-chercheur français spécialisé dans l'approche philosophique du design et des technologies numériques est l’auteur du livre « L’Être et l’écran ». Cet ouvrage nous explique l’impact du numérique sur notre perception du monde. Essayons, à l’aide de ses écrits, de comprendre un peu mieux le phénomène.

Une révolution technologique

Comme toute révolution technique, celle-ci a transformé nos outils de production et nos modes de communication. « La révolution numérique est un événement d’histoire qui s’inscrit dans le long processus de la machinisation de l’Occident et consiste en l’avènement du système technique numérique! » explique-t-il. Mais les changements opérés avec l’arrivée du numérique dépassent de loin les seules applications technologiques. Avec son organisation, son système, son langage, l’avènement du numérique a modifié irrévocablement  notre perception du monde.

Du virtuel au réel

Pour encaisser le choc, l’espèce humaine a eu besoin de créer le concept de « monde virtuel », en opposition au « monde réel », ce que N. Jurgenson, lui, appelle le « Dualisme Numérique » : la croyance en l’existence de deux mondes séparés dont l’un serait virtuel/numérique/en ligne et l’autre serait réél/physique/hors ligne.

Pourtant Stéphane Vial affirme : « La prétendue différence entre le réel et le virtuel n’existe pas et n’a jamais existé. Nous vivons dans un environnement hybride, à la fois numérique et non-numérique, en ligne et hors ligne. » Et d’ajouter : « En 20 ans nous avons appris à vivre dans et avec le « cyberespace ». Nous avons acquis de nouvelles habitudes perceptives. Aujourd’hui nous sommes habitués au virtuel et aux interactions en ligne, elles sont devenues banales et routinières. Nous avons appris à considérer comme réel ce qui est affiché sur l’écran. Nous avons compris que le virtuel est réel. »

Plus facile la vie

Après avoir appris à se parler sans se voir grâce au téléphone, on apprend aujourd’hui à se lier sans se parler et sans se voir, comme on le fait sur Twitter et sur Facebook, à l’heure des «liaisons numériques» *. Si le numérique s’impose toujours davantage dans nos usages quotidiens c’est qu’avant tout il nous facilite l’existence. Comme le souligne Stéphane Vial, il possède un « caractère surnaturel et miraculeux, du moins tel qu’il s’offre à la perception de l’usager. Reproductibilité instantanée et infinie. Réversibilité constante des expériences. Auto-destructibilité spontanée des données. Fluidité généralisée des procédures. À l’heure numérique, la lourdeur du monde ancien a disparu. Tout semble facile, léger, immédiat, simple (…) sans la résistance d’autrefois (exemple : de la poste à cheval au SMS). Le phénomène numérique nous a libérés d’une part importante de la capacité de la réalité à nous résister ». Il semble donc que le numérique nous rende le quotidien plus facilement appréhendable. Et comme l’homme à une propension naturelle à tendre vers la facilité, pas étonnant que ce phénomène technologique s’impose auprès d’un public toujours plus important.

Alors ? to be connected … or not to be ?

Comme toute « nouveauté » le numérique a eu dès le départ son lot de sceptiques et de détracteurs. Aujourd’hui encore beaucoup le considère comme un danger (collectes déloyales d’informations, revente des données personnelles, atteinte à la confidentialité et à la vie privée, cybercriminalité, etc…). Malgré ces dérives réelles et néfastes, ses adeptes chaque jour plus nombreux y voient un véritable progrès pour l’espèce humaine (dynamisation du lien social, démocratisation de l’accès au savoir, élargissement de la parole publique, succès de logiques participatives, etc…). Force est de constater que le numérique est présent à chaque niveau de notre organisation (Etat, collectivités locales, tissu associatif, clubs, monde professionnel, blogs personnels, …) et nous accompagne quotidiennement via les sites internet, les smartphones, les applications, les réseaux sociaux, les logiciels de gestion, etc… Ainsi va le monde moderne. Alors à moins d’être en dehors de ce système qui est le notre, mieux vaut être connecté !

* extrait thèse Stéphane Vial La structure de la révolution numérique p.176

Article rédigé par Frédéric Capmartin

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